La soirée Obama, d’Isabelle Miller

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Ce roman est une prouesse littéraire et stylistique. Extrêmement travaillé, on ressent en le lisant les heures de construction que l’auteur y a passées, on l’imagine revenant sans cesse en arrière, peaufinant ses phrases, ses histoires, ses mots… C’est pour cette raison qu’il s’agit là d’une œuvre qu’il faut, malgré son format qui donne envie de le lire d’une traite, prendre le temps de lire et de comprendre. L’abord n’est pas aussi simple et transparent qu’un Katherine Pancol, c’est évident, mais c’est aussi ce qui fait de La soirée Obama une œuvre infiniment plus intéressante. Car quel intérêt et quel plaisir à lire un livre (autrement que sur une plage!) auquel on s’attend, qu’on n’a pas besoin d’appréhender pour en comprendre toutes les aspérités et toucher du doigt le travail de l’auteur ?…

Il s’avère que je l’ai rencontrée Isabelle Miller, à l’occasion d’une séance de dédicace où j’ai pu discuter quelques minutes avec elle et saisir la passion de la littérature qui l’anime. J’ai aussi appris qu’elle avait mis pas loin de 2 ans pour écrire ce livre de 140 pages. Elle a choisi la qualité à la quantité, et elle a bien raison, parce qu’aujourd’hui c’est rare et surtout précieux. Ses personnages n’en perdent pas pour autant en psychologie (bien au contraire!) ni en profondeur, ses phrases sont parfaitement ciselées et ses scénarii creusés. Ma devise ultime à ce sujet : dans la “guerre » qui oppose les petits diamants bien taillés aux gros Zyrcon peu travaillés, je choisis sans hésiter les premiers. Et cela a toujours porté ses fruits…

Si je devais résumer cet ouvrage par une expression, je choisirais sans aucun doute la si connue « Le diable est dans les détails”. Car c’est typiquement le genre de livre qu’on ne lit pas de la même façon si c’est la première, la deuxième ou la troisième fois. Ceux qui me suivent depuis quelques temps savent que c’est pour moi un critère discriminant pour affirmer que je tiens là un bon livre. Il peut alors y avoir plusieurs formes à cette redécouverte permanente : soit la fin est tellement surprenante qu’en la connaissant l’histoire n’a plus le même sens, soit les mots sont si travaillés qu’à la relecture ils prennent tout leur sens, ou encore -et c’est sans aucun doute le cas du roman d’Isabelle Miller-, la structure est si minutieusement pensée et écrite, que des rappels sont sans cesse introduits entre les parties, des mots répétés, des noms redonnés, des références subtilement glissées, etc. Et on n’a alors qu’une envie en le lisant, c’est de revenir en arrière, comme un jeu de piste, de chercher où se cachait déjà auparavant cette référence, où est-ce qu’on a déjà lu ce prénom, entendu cette phrase, rencontré ce personnage… C’est à ce moment-là que tout s’illumine et que le terme “roman » prend tout son sens.

Car oui, à l’ouverture du livre, et jusqu’au 3ème chapitre environ, il nous semble être en possession d’un recueil de nouvelles : chaque histoire est différente, les personnages ne sont pas les mêmes d’un chapitre à l’autre. Là encore, un véritable exercice de style, car tout est narré d’après le point de vue interne du personnage principal (qui change donc à chaque partie) et à la première personne. Sauf que l’ensemble est écrit par une seule personne, et que c’est imperceptible. Elle est là la prouesse…

Des nouvelles qui n’ont rien à voir et pourtant un thème commun: la célébrité. Ou plutôt l’approche de celle-ci. Car chaque histoire ne raconte pas celle d’une célébrité, mais celle de celui qui se trouve “tout près ». D’où les titres des parties: sa filleson agentson livreson musée… Tous ces gens « à côté », qui la frôlent mais ne la touchent pas, et qui en sont pourtant si près qu’ils pourraient s’en brûler les ailes. 
Et voilà que le fil rouge n’est pas simplement ce thème de la célébrité, mais une soirée, qui se déroule au premier chapitre (à l’occasion de la première élection de Barack Obama) et où tous les personnages que vous rencontrerez par la suite sont présents. Un conseil donc, lisez ces premières pages attentivement pour vous familiariser avec ceux qui vous accompagneront ensuite pendant votre lecture.

Comme vous le voyez, je pourrais vous en parler pendant des pages, car une construction si étudiée donne des envies d’envolées lyriques…! Mais je rentrerai à présent dans le vif du sujet pour vous faire part de mon coup de cœur, l’avant-dernier chapitre, Son livre. Un hymne à l’amour, à l’écriture et à l’amour de l’écriture, dont voici de loin mon extrait préféré :

Chacun porte en soi un livre rêvé, le livre idéal qui dit tout de nous et du monde. Il arrive parfois que l’on trouve ce livre déjà tout fait, fort commodément écrit par quelqu’un d’autre, ce qui nous dispense de l’écrire nous-même. Il peut s’agir de Babar l’éléphant ou de À la recherche du temps perdu. On le referme ébloui, apaisé, prenant rendez-vous avec soi dans le futur pour le relire. Je crois qu’un écrivain est un malheureux qui doit se résoudre à écrire son propre livre après avoir bien vérifié dans les librairies et dans les bibliothèques que décidément personne d’autre ne l’a écrit à sa place. Aussi, plus il y a de livres, moins a-t-on besoin d’écrivains. »

Et bien voilà Madame Miller, ça c’est exactement le genre de paragraphe que j’aurais aimé écrire… Et si, on a encore besoin d’écrivains. D’écrivains comme vous.

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