Peste et choléra, de Patrick Deville

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C’est à lui qu’on doit le vaccin contre la peste. Sauf qu’on ne le sait pas, contrairement au grand Pasteur, qui fut d’ailleurs son maître et mentor. Alexandre Yersin (1867-1943) a eu une vie trépidante, que nous conte merveilleusement Patrick Deville. Né en suisse, il poursuit ses études en Allemagne, puis en France, où il rencontre celui qui a découvert en 1885 le vaccin contre la rage et qui le prendra sous son aile jusqu’à la fin.

Rebelle et brillant, Yersin a la bougeotte et ne reste pas en place. On suit ainsi avec délectation les aventures de ce médecin explorateur, qui le mèneront en Indochine, à Hong Kong – où il découvrira le bacille de la peste en 1894 -, en France, en Allemagne, pour finir à Nah Tran à planter des hévéas et continuer ses recherches, totalement isolé. Il vit de nombreuses années en ermite, éloigné de tous, mais sans jamais quitter cette activité scientifique et intellectuelle.

Ce livre, comme la vie de Yersin, est d’une richesse incroyable, et s’avale en un rien de temps tant il est prenant. A la croisée des chemins entre le roman scientifique, le roman initiatique, la biographie historique et le carnet de voyage, Patrick Deville nous offre une œuvre extrêmement documentée mais si bien romancée qu’on se laisse porter page après page dans l’impatience de la suite.

On comprend mal en refermant ce livre comment cela se fait qu’on ne connaisse pas mieux cet homme qui a permis d’endiguer l’une des pires maladies de l’Histoire. Heureusement grâce à Deville, le mal est réparé. Et on rêve de découvrir les paysages si bien décrits qui semblent tout droit sortis d’un rêve. Prochaine destination? L’Indochine !

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Rose, de Tatiana de Rosnay

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Le monde parisien fut littéralement bouleversé sous le règne architectural du Baron Haussmann. Les immeubles et la ville tels qu’on les connaît aujourd’hui n’ont rien à voir avec le Paris d’avant. Et c’est dans ce Paris justement que nous emmène Tatiana de Rosnay, le temps d’un roman tout en finesse et en délicatesse.

Elle nous conte l’histoire de Rose, une héroïne de caractère et résignée, qui refuse de quitter son immeuble de Saint Germain des Prés, pourtant voué à la destruction. Elle a fait la promesse à son défunt mari de ne jamais s’en séparer… Au fil des pages, nous découvrons la vie de cette femme et de sa famille, leurs joies comme leurs peines, et le combat de Rose pour garder son logement coûte que coûte. Les murs de cet appartement sont ses souvenirs, ils contiennent son Histoire et il est hors de question qu’elle laisse l’immeuble s’effondrer sans ne rien faire.

Il se dégage de ce livre une poésie incroyable et une atmosphère toute particulière qui fait qu’on a grand mal à arrêter sa lecture. On le lit d’une traite, happé par l’ambiance bucolique de la boutique de l’amie fleuriste de Rose et par l’environnement des temps anciens, où les quartiers étaient encore des villages. Pour ceux qui connaissent bien Paris, l’imaginer à cette époque est un plaisir qui fait appel à notre imagination la plus profonde. Il s’agit non seulement d’une magnifique ode à la ville, mais aussi à la détermination de cette femme, témoin d’une époque qui a bouleversé l’architecture.

C’est un merveilleux moment de lecture que nous propose ici Tatiana de Rosnay, dans lequel la fiction rejoint de façon remarquable l’Histoire, et écrit avec la fluidité dont elle seule a le secret.

Rien ne s’oppose à la nuit, de Delphine de Vigan

The trial period has ended

Troublant. Bouleversant. Révoltant. Vivant. Ce sont les premiers mots qui viennent à l’esprit lorsque l’on referme ce livre. Autobiographie de l’auteur (et par la même occasion de sa mère), Rien ne s’oppose à la nuit est une oeuvre qui marque, sans aucune hésitation. Comme certaines de ses autres oeuvres (Un jour sans faim, Les heures souterraines), on retrouve l’écriture crue, incisive, violente parfois même, de Delphine de Vigan. Mais quel talent …

Justement, sa force ce sont ses mots. Plus que ses scénarii, que malheureusement elle n’invente pas -même si cette autobiographie est digne d’un roman tant les rebondissements se succèdent. Avec des phrases courtes et précises, elle vous emmène dans son histoire personnelle, et peint le portrait de sa mère malade avec beaucoup de sincérité, de dureté, mais aussi une infinie tendresse.

Maintenant que cette mère détruite -et destructrice- a choisi de rejoindre l’éternité, sa fille retrace sa vie et tente de comprendre. Comprendre pourquoi cette femme belle, intelligente et entourée sombre-t-elle dans la maniaco-dépression? Pourquoi et comment peut-elle ainsi peser sur ses filles qu’elle aime pourtant de tout son être? Que s’est-il passé dans la vie de cette femme pour qu’elle soit autant dans l’autodestruction?
Au beau milieu des secrets et des lieux évocateurs, on fait partie de cette famille pendant 408 pages et on ressent une pointe de vide à la dernière.

Mais parce qu’il faut aussi garder son esprit critique même quand on est envoûté par la lecture, je rajouterais un petit bémol : l’aspect « thérapie personnelle de l’écriture » m’a parfois un peu dérangée -voire gênée par moment. J’aurais aimé ne pas tout savoir de la réflexion de Delphine de Vigan, qu’elle garde davantage de pudeur dans son écriture. Car en plus de rentrer dans sa vie et sa famille, on rentre profondément dans son intimité et ses réflexions psychologiques. Elle revient très fréquemment sur son évolution personnelle et psychique au fur et à mesure de son écriture, sur la difficulté d’arriver au bout de son oeuvre, ce qui est très intéressant mais parfois redondant.

Ceci étant dit, cela n’altère en rien la force de l’écriture, et donc de la lecture, l’intensité des sentiments et la profonde admiration que l’on ressent envers cette auteur qui arrive à faire un magnifique écrit des drames qui ont jalonné sa vie. Et on comprend en le refermant qu’il s’agit avant tout d’une très belle déclaration d’amour à cette mère qui, malgré tout, a certainement fait d’elle ce qu’elle est aujourd’hui. Cela ne fait aucun doute que ce livre lui a permis d’enfin aimer, comprendre et même admirer sa mère. Elle finit d’ailleurs par ces mots : « Aujourd’hui je suis enfin capable d’admirer son courage« . Une merveilleuse leçon de vie, de résilience et de pardon.

 

Le chapeau de François Mitterrand, d’Antoine Laurain

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Voici un petit livre qui pourrait s’apparenter à une fable, voire même à un conte… Le chapeau de François Mitterrand qui passe de tête en tête et qui, à chaque fois, permet à celui qui le porte de changer sa vie. Outre le scénario bien ficelé et pensé, l’écriture est légère, fluide et bien documentée. On pénètre dans des histoires intimes, touchantes, dans des vies prêtes à basculer, et pour lesquelles le couvre chef en feutre bien connu va jouer un rôle primordial.

L’auteur donne aux objets une place primordiale, ce qui fait du bien quand, autour de nous, tout se dématérialise. On se souvient alors facilement de cette époque où le matériel avait un vraie sens, une histoire propre. Sans compter qu’il ne choisit pas n’importe quoi mais un chapeau qui fut le symbole de toute une époque, et qui marqua l’Histoire.

C’est un très bon petit roman d’été, à lire au soleil ou sous un arbre à l’ombre, en se laissant bercer par les années 80 au temps de leur président charismatique. On retrouve sans aucun doute une admiration certaine pour l’homme qu’il fut, mais il est mis en scène de manière très simple. On sent l’hommage derrière les lignes d’Antoine Laurain, mais plus pour un homme que pour un politicien. Et on se plait à le suivre dans son histoire onirique et loufoque et à espérer, pourquoi pas, trouver un jour le chapeau dans un dépôt vente…

Juste après dresseuse d’ours, de Jaddo

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Cela fait deux ans que je la suis quotidiennement sur Twitter, et je dois dire que ses anecdotes m’amusent toujours beaucoup. Cette jeune médecin généraliste dépeint avec humour et beaucoup de tendresse son quotidien, pas toujours rose mais toujours très riche.

Alors quand j’ai vu qu’elle sortait un livre retraçant sa vie, son job, ses études, tout cela sous forme d’anecdotes développées, j’ai couru l’acheter. Et j’ai bien fait. Avec sa plume aussi caustique que délicate, ses mots crus, durs même parfois, elle transmet sa vocation, son envie d’être médecin et surtout sa vision de la profession, plus humaine que jamais. Et franchement, ça fait du bien.

Elle profite de ces  pages pour remettre certaines pendules à l’heure, dénoncer les méthodes de certains praticiens et rendre hommage à ses patients, avec une infinie bienveillance. On rit, on est ému, on est en colère, mais à aucun moment on ne peut dire que ce livre nous laisse indifférents. Voilà une belle leçon d’humilité qui nous fait voir nos chers médecins un peu différemment et imaginer ce que peut être le quotidien de ces hommes et de ces femmes qui ont choisi de donner leur vie pour sauver les autres (enfin, avec certaines petites exceptions très bien retranscrites dans cette ouvrage).

Je n’ose imaginer la liste d’attente a son cabinet…!