Le contenu du silence, de Lucia Etxebarria

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C’est un voyage au cœur de la manipulation psychologique (et physique d’ailleurs) que nous propose Lucia Etxebarria. Connue pour son écriture sans détour, ses mots abruptes et ses sujets graves, elle ne déroge pas à la règle avec ce roman, d’une rare justesse. 

Pris au cœur des tourments d’une secte, une jeune femme, Cordelia, est recherchée par son frère et sa meilleure amie, après que les membres de cette organisation se sont suicidés. Or, son corps n’a pas été retrouvé, et tout reste donc possible.

Le duo de personnages qui part à sa recherche est plutôt hétéroclite : Gabriel a quitté sa vie bien rangée de Londres ou il s’apprête à se marier pour voler au secours de cette sœur, qu’il n’a pas vue depuis 10 ans. Helena, quant à elle, jeune femme extravagante et mystérieuse, a suivi l’embrigadement de Cordelia depuis le début et a fait partie des 10 dernières années de la jeune femme.

Ils vont alors plonger au cœur d’une histoire abracadabrantesque, ou se mêlent mensonge, trahison, manipulation, tabous, pires heures de l’Histoire et autres travers noirs. Tout cela dans le cadre quasi féérique des Canaries et de ses paysages de rêve.

Les situations comme les lieux sont décrits avec une infinie précision, le travail de documentation est énorme et impressionnant. On referme ce livre en ayant l’impression d’avoir non seulement passé un grand moment de suspens, mais aussi et surtout d’avoir appris beaucoup de choses. Et mine de rien, ce n’est pas désagréable!

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Les gens heureux lisent et boivent du café, d’Agnès Martin-Lugand

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Après de multiples tergiversations avec moi-même, j’ai fini par trancher : les livres que j’ai moins aimé, je les publie OUI mais NON pas le lundi. On aura qu’à dire que ce sont des petits « plus ».

Passons donc au petit « plus » du jour. Un titre alléchant, une photo de couverture attirante, une auteur qui a l’air super sympa et une quatrième de couverture intrigante, tout prédestine ce roman à être un bon moment de lecture. Le format est sympa, l’écriture a l’air fluide (au vu des premières pages), bref, on y entre facilement sans a priori négatif. Une femme, Diane, perd sa fille et son mari dans un accident de voiture. L’horreur absolue. Un an après, toujours pas remise de ce deuil, elle décide de tout plaquer pour partir s’installer en Irlande et se reconstruire, à l’abri des regards indiscrets et des discours fatigants de sa famille…

Et c’est là que tout se gâte. Si la facilité de l’écriture ne nous étonne pas (d’ailleurs, c’est un peu ce qu’on cherchait en le lisant), celle du scénario a de quoi vraiment étonner. Prévisible à partir de la page 60, on se doute de l’évolution que va prendre le roman, et on voit arriver les événements gros comme des maisons… Dommage pour un sujet aussi lourd et profond. Malheureusement, on tombe vite dans le cliché de la jeune femme qui se détruit pour oublier son passé, dont le deuil est impossible malgré des relations qui se nouent, et qui part vivre dans la pluvieuse Irlande dont la description des paysages, est, elle aussi, mille fois déjà vue. Même la fin, qui se veut suspendue, ne convainc pas.

On n’est pas transporté, on décroche rapidement de l’intérêt du roman, et il arrive même d’avoir envie de le reposer… Tellement dommage pour ce livre qui a, à première vue, tant d’atouts (marketing?).

Le Front russe, de Jean-Claude Lalumière

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Ne vous méprenez pas, rien à voir avec la Russie, la guerre froide ou autre repères historiques grandioses, Le Front Russe raconte avant tout la vie et le travail d’un fonctionnaire au Ministère des Affaires Étrangères -l’auteur-, envoyé au bureau des pays en voie de création / section Europe de l’Est et Sibérie.

Écrit dans un style impeccable où chaque mot est choisi avec minutie et où l’humour est permanent, ce récit se lit très vite et très facilement. On entre dans la vie de ce jeune fonctionnaire, dont le rêve ultime était de voyager, mais qui se voit mener une existence médiocre à Paris. Même les moments qui devraient le mettre en lumière (sans jeu de mots avec son nom) échouent et se terminent en catastrophe.

C’est donc l’histoire (totalement vraie?) d’un homme banal, qui rentre au service de l’état et qui est confronté aux méandres d’une bureaucratie lente et poussiéreuse, hiérarchisée à outrance, ne laissant pas vraiment de place à l’individualité. Satire ou simple autobiographie? La frontière est ténue.

Par ailleurs, la morale de « l’histoire » résumée dans la dernière phrase -« l’histoire d’une vie, c’est l’histoire d’un échec« –  laisse un sentiment étrange de fatalisme et de pessimisme, avec lequel j’ai du mal à adhérer… Heureusement qu’on rit beaucoup, qu’on aime se moquer de cette administration prête à tout pour qu’on l’aime mais d’une maladresse sans pareil, et surtout qu’on adore le style enlevé et intellectuel de Jean-Claude Lalumière. Et puis on est quand même rassurés quand on sait que l’auteur est couvert d’éloges par ses contemporains littéraires : pas si ratée que ça comme vie !

Se croiser sans se voir, de Jean-Laurent Caillaud

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Une heure. C’est le temps qu’il faut pour lire ce tout petit livre. Quatre. C’est le nombre de fois que je le relis. Des mois. C’est le temps qu’il faut pour l’oublier (avant de le relire!).

En dessous d’une plaque commémorative du boulevard saint-Michel, un inconnu a glissé un message :  » Vous qui passez devant cet immeuble, ayez une pensée pour Frédéric. Il est mort pour vous. Le 21 août 1943. Il avait 19 ans. C’était mon meilleur ami. Il voulait faire le tour du monde après la guerre. Il n’a pas pu.  » Tout simplement.

Et alors que peu à peu les hommages de passants se multiplient dans la rue, Emma, une jeune riveraine, entame une correspondance avec l’auteur de cette lettre, prénommé Louis. Au fil du temps se noue un échange aussi sincère que tendre, touchant que grave. Puis de deux à correspondre  ils passent à trois, quatre, cinq… Emma fait de nouvelles rencontres grâce a ces échanges de messages, se confie, et cherche à savoir coûte que coûte qui se cache derrière ce mystérieux Louis.

Un roman plein de charme et de poésie, où se succèdent l’hommage discret et le respect du « devoir de mémoire », et des récits de vies intimes et bouleversants. Tout cela écrit avec une subtilité sans défaut, un ton juste et touchant, et une variation de styles narratifs extrêmement bien maniée.

La fin est aussi belle que surprenante. Sans jamais s’en douter pendant la lecture, le dénouement paraît pourtant si évident un fois lu…

Les mots manquent tellement ce livre simple et émouvant marque. Comme une petite musique très douce, il reste dans un coin de la tête et n’en part plus. C’est un roman à lire, à relire, à offrir et surtout à conseiller.

Les Autres gens, bédénovella crée par Thomas Cadène

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Sacrilège, l’article du lundi est posté le mercredi… mais c’est pour la bonne cause ! Le temps de terminer la fabuleuse BD (ou devrais-je dire LES fabuleuses BD ?) crée par Thomas Cadène, mais à laquelle participent en tout plus de 100 dessinateurs.

Au départ un projet uniquement numérique – chaque jour un nouvel épisode de cette bédénovella ; plusieurs dessinateurs qui racontent une même histoire ; chacun reprend là où le précédent s’est arrêté -, qui finit par être édité en version papier en 2011. En tout 9 volumes au format très agréable, qui se lisent comme un roman. Le changement de dessinateur à chaque chapitre rajoute un intérêt certain au synopsis, déjà très prenant.

Les scénaristes (Thomas Cadène, et épisodiquement Wandrille Leroy et Joseph Safieddine) ont un sens exquis du suspens, et parviennent à nous raconter une histoire aussi longue sans un sursaut d’ennui : Chapeaux les artistes ! On s’attache vite aux personnages, qu’on a d’ailleurs du mal à lâcher après chaque tome de BD. Sans compter que les dessinateurs sont tous aussi bons les uns que les autres, chacun dans son style.

Seul petit point négatif qui peut décourager : les versions papier ne sont pas données… Heureusement le site internet marche toujours et contient l’intégralité des Autres gens ! (http://www.lesautresgens.com/)

Régalez-vous avec ces livres qui changent un peu, et qui ont encore un petit air de vacances… Bonne rentrée à tous !