Et puis… Paulette, de Barbara Constantine

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Il traînait dans ma bibliothèque depuis le début de l’été ; j’ai profité de mon voyage d’un mois et demi en Europe de l’Est pour l’emporter dans mes bagages. C’est l’un des gros succès de cette année, mais je ne sais pas pourquoi je n’arrivais pas vraiment à le commencer. L’histoire ne me tentait sûrement pas plus que cela : un vieil homme, campagnard, va voir sa maison se remplir au fur et à mesure que ses voisins, amis, connaissances, vont emménager chez lui alors que leurs vies sont bouleversées par des événements personnels.

Maintenant qu’il est terminé, je peux dire que c’est un livre sympa à lire, détendant, qui se lit vite et facilement. On ne s’ennuie pas du tout en le lisant… mais il ne transcende pas non plus. Il faut dire que je ne suis, en général, pas vraiment une grande fan de ce genre de roman où s’ajoutent des personnages au fur et à mesure, car ils (les personnages) sont souvent un peu bâclés. Enfin là, j’ai plutôt été assez agréablement surprise. Chacun dans son style, ils sont décrits avec beaucoup de justesse. Ils sont attachants, bienveillants, et on imagine sans aucun problème leur cohabitation et la complexité des relations que cela engendre.

Il ne s’agit donc surtout pas de boycotter ce livre si vous tombez dessus car vous passerez sans aucun doute un bon moment ; néanmoins, n’en attendez pas un grand roman profond, rien n’est à prendre à un degré plus élevé que ce n’est écrit. Comme on pourrait le dire de manière familière, « il ne casse pas trois pattes à un canard ». Mais ce n’est pas grave puisque ce n’est pas vraiment ce qu’on lui demande ! (pauvre canard)

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L’autobiographie d’une courgette, de Gilles Paris

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Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas pleuré à chaudes larmes en lisant un livre. Et bien voilà, il aura fallu L’autobiographie d’une courgette pour que cela arrive ! Et pourtant, ce n’est pas triste, juste extrêmement touchant. Certes, l’histoire commence plutôt tragiquement, Courgette étant un petit garçon de 9 ans qui tue accidentellement sa mère qui le battait et buvait un peu trop de bières… mais ce n’est que le début.

Alors que la machine judiciaire se met en route, on comprend vite que Courgette ne sera pas vraiment inquiété ; il se retrouve en foyer, entouré de plein d’enfants qui, comme lui, ne peuvent plus rester dans leur cellule familiale. Se noue alors des amitiés indestructibles, une histoire d’amour d’enfants qui n’a rien à envie à celle des adultes, des « zéducateurs » qu’on imagine facilement formidables, une directrice aux petits soins, et une bienveillance ambiante assez exceptionnelle. Même le juge et le gendarme sont gentils dans cette histoire.

Et pourtant, on ne tombe jamais dans les fameux « bons sentiments », ceux qui rendent condescendants. Car à l’intérieur du foyer, les punitions tombent, les discussions sont sérieuses et profondes, la vie s’apprend petit à petit, mais toujours avec une infinie délicatesse.

D’un point de vue de l’écriture, Gilles Paris nous offre une oeuvre quasi parfaite en terme de justesse et de sensibilité. Le roman est écrit à la 1ère personne, celle de Courgette, les mots sont donc ceux d’un enfant qui ne connaît pas grand chose d’une vie « normale », ou tout du moins d’une vie sans coup ni alcool. Un enfant qui ne comprend les expressions qu’au premier degré, et qui ne saisit donc par exemple pas bien pourquoi son « papa a emmené une poule au voisin pour faire le tour du monde avec. C’est bête une poule, ça boit la bière que [je] mélange aux graines et après ça titube jusqu’au mur avant de s’écrouler par terre« . Protection ou imagination? Dans tous les cas c’est salvateur. Et pas une seule fois on ne ressent l’adulte qui écrit… cette tenue du texte est une vraie prouesse.

Au foyer, tout le monde a son histoire, toutes plus glauques les unes que les autres, mais les enfants s’en parlent avec une simplicité et un détachement déroutants pour nous, adultes, qui lisons ce livre avec du recul. Il m’a rarement été donné de lire un roman aussi touchant donc, phénomène accentué par ce décalage de point de vue d’enfants versus celui des adultes. Dans leur monde, une femme qui se prostitue « recoud les coeurs des hommes avec sa langue« , les comportements répréhensibles des adultes -même les plus condamnables- s’expliquent, voire se justifient.

C’est une amie psychologue qui me l’a prêté, et je la soupçonne d’avoir imaginé qu’il me ferait cet effet-là. Elle a touché juste ! En tous cas c’est un livre qui nous rappelle que les enfants sentent bien plus de choses que l’on pense, comprennent même parfois bien mieux que nous, et sont certainement plus indulgents. Il faudrait y penser en cas de petit bobo, et retrouver parfois notre simplicité d’enfant, ça ne peut pas faire de mal !

Les souvenirs, de David Foenkinos

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Peu de critiques négatives sont postées sur mon blog, mais La délicatesse en faisait partie : je me suis alors quelques fois confrontée à des incompréhensions car je sais que ce roman est considéré par beaucoup comme un chef d’oeuvre… Alors, même si je connaissais l’aura de Foenkinos auprès de milliers de lecteurs, et si la personne en elle-même m’est très sympathique, je n’avais finalement jamais expérimenté cette « joie folle » en le lisant. Et puis j’ai lu Les souvenirs, et j’ai compris.

Une telle richesse d’écriture, une telle émotion transparente, un tel jeu avec les mots ne peuvent laisser indifférent. Tout est juste. Alors que le narrateur (dont on ne perçoit pas bien quel est le degré de comparaison avec l’auteur) traverse des bouleversements -décès, séparation-, il réfléchit en même temps à sa volonté d’écrire, volonté malheureusement vaine. C’est avant tout cela : un livre sur la difficulté d’écrire, sur le syndrome de la page blanche. Faut-il alors être rempli de souvenirs douloureux pour écrire un roman? Ou au contraire se vider de tout, inventer?

La manière d’écrire de Foenkinos est remarquable : on ne s’ennuie jamais. Son roman (autobiographique à certains égards?) est jalonné d’évocations de souvenirs, des plus insignifiants aux plus déterminants, appartenant à des anonymes ou bien à des personnalités publiques.

Dans cette valse de moments remémorés, dans ce rythme effréné des événements qui se passent, on s’accroche et on ne veut plus en sortir. Puis, quand c’est le cas et que nous refermons le livre, on est un peu nostalgique, mais pas de doute qu’on s’en souviendra ! Et c’est ainsi que, comme il avait fait de sa délicatesse (mais de façon trop lourde à mon sens, et c’est ce que je n’avais principalement pas aimé), David Foenkinos fait de son roman une allégorie du titre. Mais cette fois-ci avec tellement plus de délicatesse… Comment ne pas être conquis ?