La promesse de l’aube, de Romain Gary

LA-PROMESSE-DE-L-AUBE

Ce n’est jamais simple de parler d’un classique, mais c’est toujours très intéressant. Car par définition, beaucoup l’ont lu, certains l’ont étudié, et le voient donc avec un biais indéniable. Aujourd’hui, pour parler de ce classique parmi les classiques que constitue La Promesse de l’aube de Romain Gary, je revêts mon esprit totalement vierge de toute analyse de l’œuvre, et je m’en tiens à ce que j’ai lu, même s’il fait typiquement partie de ces livres qu’on a l’impression d’avoir déjà dévoré avant même de l’avoir ouvert, tant on en a entendu parler :  « La promesse de l’aube? Une autobiographie centrée sur une relation passionnelle entre une mère et son fils, LE roman œdipien par excellence. »

Mais c’est toute autre chose quand on l’ouvre. Certes, le sujet central reste la relation fusionnelle entre un fils et sa mère, et la façon dont le premier fait tout pour plaire à tout prix à la seconde. Il lui voue sa vie, comme elle lui a voué la sienne. Où qu’ils aillent après leur exil de Russie (Pologne, France…), la mère rêve pour son fils d’une vie de grandeur et de prestige démesurés ; que jamais il ne contredit. Oui, c’est l’archétype de l’autobiographie, oui cela en fait un modèle du genre, oui le malaise de Romain Gary dans la vie et avec les femmes vient certainement de cette relation étouffante… Mais tout cela, on le sait.

On en oublie de dire combien ce livre est drôle, TRÈS drôle même, combien il est plaisant de lire un homme aussi torturé, combien le ridicule de cette mère est touchant, combien il se défend lui-même de cette situation. Il met d’ailleurs les choses au clair assez vite : il n’a jamais eu de complexe d’Oedipe. S’ensuit alors un passage très bien écrit et pinçant sur la psychanalyse et ses défenseurs. Car c’est ça cette œuvre : une défense des valeurs qui lui tiennent a cœur, un cri infini d’un fils qui veut sauver l’Humanité et la poser aux pieds de sa mère.

C’est un livre d’une incroyable intensité, qui donne l’impression d’avoir été écrit au fil de la plume. Il y a parfois des longueurs mais cela reste très fluide et surtout très prenant.

Cette autobiographie, quand on la lit avec un regard d’adulte et non avec celui d’un élève qui (forcément) s’ennuie en lisant ce qu’on lui a obligé à lire, n’a finalement pas la complexité et surtout la gravité qu’on veut bien lui donner parfois. Il s’agit là de passer un bon moment, de rire, de s’émouvoir et de ne pas trop réfléchir sur une œuvre qui a été tant réfléchie. Et, quand on pense que l’auteur a reçu le prix Goncourt sous un nom qui n’a été connu qu’après sa mort (pour La vie devant soi, qu’il avait écrit sous le nom d’Emile Ajar), mon petit doigt me dit que c’est ce qu’aurait voulu ce grand humoriste qu’était Romain Gary.

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