Son carnet rouge, de Tatiana de Rosnay

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Dès que Tatiana de Rosnay sort un nouveau livre, je m’y précipite. Et comme toute fan qui se respecte je suis souvent enchantée, et parfois un peu déçue. Son carnet rouge de situe pile entre les deux.

J’ai lu d’une traite ce recueil de nouvelles, signe que l’écriture est toujours aussi fluide et agréable. Les mots sont choisis, les références identifiables, les situations peaufinées et qui se déroulent sous nos yeux comme les multiples scènettes d’un film. On passe un bon moment, on rit, on s’émeut, on s’offusque …

Mais à vrai dire c’est autre chose qui m’a gênée, quelque chose qui tourne autour du thème des nouvelles : l’infidélité dans le couple. J’étais au courant me direz-vous, cela fait plusieurs semaines qu’il s’étale dans les magazines et journaux présentant le livre. J’aurais donc dû me douter de ce qui m’attendait. Alors est-ce mon côté « fleur bleue » ou « petit oiseau tombé du nid » qui s’est pris un bon coup dans l’aile, mais toujours est-il que cette vision systématiquement pessimiste et fataliste du couple m’a quelque peu dérangée… On se prend à douter, à se demander si réellement la fidélité existe, si le couple peut résister aux épreuves de la vie et du temps, et à la limite à culpabiliser d’y croire encore. On entend une petite voix – celle de l’auteur ? – nous répéter : « mais ma pauvre petite chérie, tu es si naïve… » Preuve aussi que la lecture de Son carnet rouge remplit son rôle et fonctionne à merveille ! C’est un roman qui paraît léger et amusant mais qui est bien plus profond qu’il n’y paraît. Il faut donc réussir à le lire avec du recul pour ne pas sombrer dans la mélancolie ou une trop grande réflexion qui rendrait vite catastrophique la vision du couple.

Enfin, mais c’est le format des nouvelles qui veut cela, certaines histoires sont un peu « faciles », voire « cliché », et on devine facilement la fin avant même d’avoir lu 10 lignes. La femme qui vient d’avoir un bébé et que le mari trompe car elle a pris quelques kilos de trop, la femme trompant finalement trompée, la femme bourgeoise trompée par son mari qui lui préfère une plus jeune, l’homme qui a toujours su qu’il était homosexuel mais qui s’est marié quand même pour échapper aux réflexions d’une famille trop obtuse… Autant de situations stéréotypées, toujours très bien mises en scènes mais qui perdent de leur suspense dans les trop courtes pages qui leur sont consacrées.

En écrivant cela je me demande quand même si le but de Tatiana de Rosnay n’était pas justement de présenter des situations dont tout le monde a déjà entendu parler (que ce soit dans la vie réelle ou dans un film) pour se concentrer – sur le fond – sur les moyens mis en œuvre par les personnages pour dissimuler ou révéler une tromperie évidente et – sur la forme – sur la variété des écritures que l’auteur peut utiliser pour « raconter ».

Et il est vrai que dans ces cas-là, la forme de la nouvelle prend tout son sens, dans ce qu’elle offre de possibilités de différencier les formes et les fonds et de présenter une œuvre globale bien plus intéressante.

Bref, encore une fois Tatiana, vous avez réussi à faire parler bien plus longuement de votre livre que ne l’auraient suggéré la fluidité et l’aspect « évident » de votre écriture … Et c’est en cela qu’on vous adore.

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