Quand j’étais Jane Eyre, de Sheila Kohler

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Bienvenue dans l’univers impitoyable de l’Angleterre du XIXème siècle, quand les moyens de communication modernes n’existaient pas et que les relations interpersonnelles avaient encore le charme d’antan… Charme ou dureté d’ailleurs.

Car cette biographie romancée raconte avant tout l’aventure filiale et littéraire des soeurs Brontë -particulièrement celles de Charlotte-, leur amour fraternel indestructible -qui les a d’ailleurs empêchées de se marier-, mais aussi les querelles qui les ont frappées alors qu’elles cherchaient toutes les trois à se faire publier en même temps sous des pseudonymes.

A travers ces 234 pages, on est happé par l’ambiance de cette famille anglaise pauvre, dans laquelle les tragédies s’enchaînent. Et c’est au milieu de tout cela que Charlotte écrira ce qui restera comme l’une des oeuvres anglaises majeures de ce siècle : Jane Eyre. On suit le processus d’écriture -très laborieux au départ- puis le succès de celle qui a mis plusieurs mois à révéler sa véritable identité. On pourrait alors juste regretter que tout ne soit pas très détaillé et ressentir un sentiment de « survol » de la part de l’auteur, mais on comprend vite qu’elle a plus cherché à retranscrire une ambiance en en venant à l’essentiel qu’à fournir une biographie exhaustive.

Non, vraiment, c’est un moment de lecture délicieux que nous offre Sheila Kohler ; on a du mal à décrocher, on se prend même à rêver d’être là-bas avec elles (enfin, pas trop longtemps quand même !). Et on aime découvrir comment naît un chef d’oeuvre. Parce que sans aucun doute, Jane Eyre en est un. 

A ce propos, une petite précision s’impose : si vous ne l’avez pas lu (Jane Eyre) et que vous en avez l’intention, lisez ce livre après, car au fil des aventures de Charlotte sont contées celles de son héroïne. A la fin donc, l’histoire de Jane n’a plus aucun secret pour le lecteur. Pour ma part, j’ai adoré me replonger dans ce récit qui m’avait tant marquée, mais pour un lecteur non averti, cela peut vite devenir frustrant.

Ainsi pour conclure, n’hésitez pas à lire Quand j’étais Jane Eyre pour un moment de dépaysement et de découverte assez incroyable.

Peste et choléra, de Patrick Deville

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C’est à lui qu’on doit le vaccin contre la peste. Sauf qu’on ne le sait pas, contrairement au grand Pasteur, qui fut d’ailleurs son maître et mentor. Alexandre Yersin (1867-1943) a eu une vie trépidante, que nous conte merveilleusement Patrick Deville. Né en suisse, il poursuit ses études en Allemagne, puis en France, où il rencontre celui qui a découvert en 1885 le vaccin contre la rage et qui le prendra sous son aile jusqu’à la fin.

Rebelle et brillant, Yersin a la bougeotte et ne reste pas en place. On suit ainsi avec délectation les aventures de ce médecin explorateur, qui le mèneront en Indochine, à Hong Kong – où il découvrira le bacille de la peste en 1894 -, en France, en Allemagne, pour finir à Nah Tran à planter des hévéas et continuer ses recherches, totalement isolé. Il vit de nombreuses années en ermite, éloigné de tous, mais sans jamais quitter cette activité scientifique et intellectuelle.

Ce livre, comme la vie de Yersin, est d’une richesse incroyable, et s’avale en un rien de temps tant il est prenant. A la croisée des chemins entre le roman scientifique, le roman initiatique, la biographie historique et le carnet de voyage, Patrick Deville nous offre une œuvre extrêmement documentée mais si bien romancée qu’on se laisse porter page après page dans l’impatience de la suite.

On comprend mal en refermant ce livre comment cela se fait qu’on ne connaisse pas mieux cet homme qui a permis d’endiguer l’une des pires maladies de l’Histoire. Heureusement grâce à Deville, le mal est réparé. Et on rêve de découvrir les paysages si bien décrits qui semblent tout droit sortis d’un rêve. Prochaine destination? L’Indochine !