La déclaration d’amour, d’Isabelle Miller

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Cette semaine nous changeons radicalement d’univers, d’ambiance, de sujet. Le livre dont je vais vous parler aujourd’hui est un essai, intellectuel, intelligent et documenté, sur l’un des sujets majeurs – et pourtant très souvent minimisé – de la littérature – et de la vie -, la déclaration d’amour.

Je dois avouer que cela fait plusieurs mois que j’ai reçu cet essai, et qu’il m’a fallu deux lectures assez espacées dans le temps pour en mesurer la portée et en comprendre tous les détours, tant les références sont omniprésentes, et les idées concentrées. Isabelle Miller (dont je vous avais déjà parlé lors de la sortie de son roman précédent, La soirée Obama) mène une réflexion sur les tenants et les aboutissants d’une déclaration d’amour au sein même de l’histoire d’amour, et s’appuie pour cela sur des références littéraires non équivoques, tout en s’interrogeant sur le choix des auteurs qui les écrivent. Quel intérêt de faire apparaître la déclaration au début, à la fin, ou au milieu du récit ? Qu’est-ce que cela apporte et pourquoi ? Quelles conséquences cela peut-il engendrer, et quel rapport s’instaure alors entre le lecteur, le narrateur et les personnages ?

Les écrits cités dans cet essai sont tous extrêmement bien choisis, et relèvent chacun d’une forme particulière de mise en forme de la déclaration d’amour. L’auteur a sélectionné ce que l’on pourrait appeler « la crème de la crème » des romans – ou poèmes – d’amour, soulevant pour chacun la profondeur de l’écriture, et les processus psychologiques qui touchent les personnages. On redécouvre, grâce à cet essai, les passages de ces livres (Le Rouge et le Noir, Aurélien, La Princesse de Clèves…) que l’on a aimés mais peut-être mal compris ou lus trop vite. Isabelle Miller nous donne alors un éclairage tout particulier de ces oeuvres, à travers le simple et unique moment de la déclaration d’amour.

Rapprocher ainsi le récit, la narration et l’expérience de la vraie vie, est une idée originale, même si l’écriture de cet essai peut parfois paraître un peu alambiquée ou érudite. Cela n’en fait pas moins un livre léger, qui parle d’un sujet heureux et intemporel. Et pour des passionnés de littérature ou des nostalgiques de leurs cours de Lettres Modernes – que je suis -, ce genre de livre vous replonge dans les univers et les époques où les mots avaient une réelle importance et un impact indéniable sur le cours de son histoire personnelle. Sans compter que l’écriture d’Isabelle Miller nous emmène dans des sphères trop souvent laissées pour compte dans la littérature contemporaine ; un retour aux sources – et aux idées abouties – ne fait pas de mal !

Enfin je dirais qu’il s’agit d’une oeuvre qui nous parle à tous. On a chacun – je l’espère – déjà un jour expérimenté une déclaration d’amour, qu’elle vienne de nous ou de l’Autre. C’est un sujet qui nous concerne tous, encore plus même que la notion d’engagement amoureux, qui, lui, est très personnel et propre à chacun. Mais la déclaration, c’est LE moment incontournable d’un couple, qui fera basculer, ou non, l’épisode en histoire. On se retrouve donc facilement dans les anecdotes contées dans La déclaration d’amour.

Nul ne sait si cet essai est lui-même une déclaration d’amour de la part de l’auteur – même si j’ai ma petite idée sur la question  -, mais une chose est sûre c’est que si tel est le cas, elle est très réussie.

On ne meurt qu’une fois et c’est pour si longtemps : Les derniers jours des grands hommes, de Patrick Pelloux

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Voilà un livre pour le moins original, à ne pas lire à n’importe quel moment ni dans n’importe quelle circonstance -mais si on ne lit pas ce genre de livre pendant les vacances d’été, quand le ferons-nous ?!- : il raconte la fin des grands hommes. Alors évidemment, suivant les époques et le contexte, les propos sont plus ou moins « trash ».

En utilisant des mots crus et sans détour, Patrick Pelloux, médecin de profession, revient sur les pathologies qui ont frappé ceux qui ont fait l’Histoire, et qui les ont emportés. Certaines sont d’une violence inouïe, et il faut avoir le cœur bien accroché (et l’estomac vide) pour lire les détails. Malgré tout, le regard du médecin est intéressant sur les méthodes de soin de l’époque, et les aberrations qui en découlaient.

Mais avant toute chose, ce livre est un vibrant et sincère hommage à certaines personnalités qui ont marqué l’auteur et leur temps. De Jésus à Churchill en passant par Flaubert, Zola, Jean Moulin, Lully, les rois de France ou encore Marie Curie, il dépeint les agonies avec un vrai génie et beaucoup d’admiration. Excepté pour Staline, où le récit est empreint d’une jouissance non dissimulée.

Une écriture toute en vérité, qui rétablit certaines rumeurs qui ont pu courir et qui remet en place des idées reçues. C’est étrange de prendre autant de plaisir à lire des morts (pour certaines horribles), mais mon petit doigt me dit que le professionnalisme et la plume acerbe de Patrick Pelloux n’y est pas pour rien…

Premier bilan après l’apocalypse, de Frédéric Beigbeder

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Je suis une fervente lectrice de Beigbeder. Je n’ai pas tout aimé, mais j’adore son écriture, grinçante, juste, poétique et violente à la fois. C’est un auteur qui ne mâche pas ses mots, qui sait ce qu’il est et l’image qu’il renvoie et j’aime cette honnêteté. Ceci dit, je comprends tout à fait qu’il puisse énerver, et d’ailleurs lui aussi 🙂

Donc, généralement ça se passe comme ça : il sort un livre, je l’achète, je le lis (que dis-je, le dévore) et j’en redemande. Mais là j’avais un doute. Un livre qui se présente comme le classement de ses 100 romans contemporains préférés, déjà je trouvais ça très présomptueux (mais ça à la limite, c’est sa marque de fabrique), mais surtout, je pensais vraiment que j’allais m’ennuyer. Et quand on aime, on a peur d’être déçu. Alors j’ai attendu, attendu, puis, au détour d’un rayon de librairie, je n’ai pu résister… Mais j’avoue avoir ouvert le livre doucement, sans précipitation et avec une certaine appréhension. Un mot, une ligne, une page, deux pages, dix pages… Ca y est, je suis conquise… et SOULAGEE!

La préface de l’auteur est une merveille. Bien sûr, comme toujours, il ne fait pas dans la demi-mesure ni dans la nuance, il faut donc savoir en prendre et en laisser, mais c’est aussi, comme toujours, si bien écrit. Pour lui, l’apocalypse, c’est la fin du livre papier, et donc par conséquent (bon, là, tu pousses le bouchon un peu loin, Fred), la fin du roman. Il en fait donc l’apologie dans sa préface, puis tout au long de son livre. Il rend hommage à l’objet de tous ses désirs, ses fantasmes, ses folies, ses désastres. (Ca me rappelle vaguement une histoire récente de Kindle…) Car son oeuvre, c’est le roman des romans. Il raconte son histoire à travers celles des autres, il ne se contente pas d’agréger ses préférées.

Au fil de la lecture, je notais les auteurs, les livres qu’il me donnait envie de lire grâce à ses descriptions… Au bout d’une page entière d’agenda remplie de tirets suivis de noms et de titres, je me suis juste dit qu’il suffisait de regarder la table des matières de SON roman, et comme par magie étaient répertoriés les 100 titres que je voulais lire ( 76 pour être exacte !). Mais alors, que faire de sa réputation de narcissique dégénéré s’il arrive à faire lire des dizaines d’autres bouquins que les siens…?? Je ne suis pas sûre qu’elle soit de circonstance.

Voilà, c’est ça la force de Beigbeder : son écriture donne envie, il écrit généralement le roman qu’on aurait aimé écrire, avec les mots qu’on aurait aimé employer.

Le seul risque? : être déçu(e) par les romans dont il parle, de peur qu’ils ne soient pas aussi bien écrit que les siens… et que, comme un mauvais film, la bande annonce soit mieux que l’œuvre.