La pendue de Londres, de Didier Decoin

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Voilà un roman qui se savoure. Comme un bon vin, on le lit par petites lampées pour faire durer le plaisir. Non pas que l’histoire -vraie- soit particulièrement réjouissante (les vies en parallèle de l’exécuteur officiel du Royaume d’Angleterre et d’une pin-up d’après guerre qui vont malheureusement se croiser…), mais l’atmosphère, les personnages, et surtout l’écriture font de La pendue de Londres un grand roman.

Dans le Londres brumeux des années 40, Albert Pierrepoint est donc le bourreau le plus réputé de l’Angleterre. Il pend ses victime avec beaucoup de professionnalisme et (si, si) d’humanité. Il le fait par devoir pour la Couronne, certainement pas par pour le prestige. Caché derrière sa cagoule, il vit d’ailleurs très mal le fait d’être reconnu après avoir -pourtant- tué les surveillants nazis des camps de concentration.

Il ne veut plus pendre de femmes, c’est trop dur, juge-t-il.
Mais voilà, quelque part dans ce Londres obscur, Ruth Ellis, une jolie femme qui ressemble a Marilyn Monroe, évolue dans le monde de la nuit, de la prostitution et de la débauche. Soumise à tous les hommes qui vont croiser sa route (à commencer par son père), ils abuseront d’elle comme d’un animal. Jusqu’au jour où elle tue à bout portant son amant du moment… Elle sera après cet évènement la dernière condamnée à mort d’Angleterre.

On assiste alors à la rencontre entre un homme usé par son métier et une femme désabusée par la vie et fatiguée de son existence.

Ce livre est un condensé de sensibilité, romancé à merveille par un académicien qui ne démérite pas de sa notoriété. Il est très difficile de se détacher de ces personnages si riches et attachants, et de l’histoire si palpitante. Un moment de lecture comme on aimerait en avoir plus souvent…

Minuit, de Dan Franck

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Ne pas se méprendre, c’est un roman. Même s’il met en scène des personnages historiques ayant absolument existé, sans même détourner les noms, c’est un roman. Disons que les faits sont réels mais romancés pour être plus juste. Cela se passe depuis l’année 1940 jusqu’à la libération de Paris en 1945, et ressucite les artistes et les intellectuels de l’époque.

Il s’agit de l’histoire de ces personnalités pendant la deuxième guerre mondiale. Comment se sont-ils comportés? Qu’ont-il fait? Dans quel camp se situaient-ils? Comment ont-il vécu la guerre? Ont-ils fui ou au contraire affronté? C’est à toutes ces questions que tente de répondre Dan Franck. Et le résultat est impressionnant : on est happé par l’ambiance des années de guerre en France, dans ce milieu intellectuel, principalement parisien (tout du moins au début), on suit de près les épopées peu classiques de tous ces artistes qui font notre histoire : Louis Aragon, Antoine de Saint-Exupéry, Peggy Guggenheim, Henri Matisse, Jacques Prévert, Max Jacob, André Malraux et bien d’autres encore. On côtoie même certains collaborationnistes, comme Pierre Drieu la Rochelle ou Marcel Jouhandeau.

C’est très original comme idée ; se trouver du côté des intellectuels, comprendre comment leur “petit monde » fonctionnait alors, comprendre qu’à cette époque déjà les relations faisaient tout, et qu’il valait mieux se trouver du bon côté que du mauvais…

Mais attention, il y a un risque à une telle lecture : celui de catégoriser ces artistes, de les voir “différemment » et, pire encore, d’appréhender leurs œuvres différemment. C’est pour cela qu’il ne faut pas oublier que c’est un roman ; d’autant plus que, passant en revue autant de personnalités en un seul opus, Dan Franck ne peut faire preuve d’exhaustivité.

Ainsi, on a la tentation de resortir de cette lecture en pensant que Drieu la Rochelle se limite à cette phrase : “Je hais les juifs. J’ai toujours su que je les haïssais. Quand j’ai épousé Colette Jeramec je savais ce que je faisais et quelle saloperie je commettais. Je n’ai jamais su la baiser à cause de cela ». Passe encore. Ou encore que Malraux n’a finalement pas eu un rôle si important dans la Résistance. Et là je ne suis pas d’accord et vous renvoie aux discours de l’écrivain pendant la guerre, ou au discours qu’il prononça devant les cendres de Jean Moulin à son entrée au Panthéon.

Voilà, s’il pouvait y avoir un petit bémol à ce livre pourtant vraiment très bien, ce serait plutôt sur la problématique de sa réception et de son interprétation. Il faut rester très vigilant, comme toujours avec cette période si délicate, à ne pas interpréter les faits et gestes de personnalités publiques au regard de notre époque contemporaine.

Ou tu porteras mon deuil, de Dominique Lapierre et Lary Collins

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Quand on lit un livre de ces deux auteurs, on ne peut pas se tromper, c’est toujours un petit miracle qui s’opère. Là encore, on n’est pas déçu.

Cette biographie romancée de El Cordobès se passe en Espagne, elle débute pendant la guerre civile qui a précédé la dictature de Franco. On s’immerge alors tour à tour dans la culture andalouse, puis madrilène, on se retrouve au centre des arènes bondées de Madrid un jour de corrida, ou dans l’intimité de familles subissant la dureté de la guerre … dans les châteaux de riches seigneurs possédant des terres, ou parmi les femmes s’exilant avec leurs enfants pour échapper aux barbaries des républicains en 1936 … Et on s’y croirait.

C’est un livre plein de références historiques, sans être ennuyeux : c’est le propre de Dominique Lapierre qui a su nous enchanter avec des fresques comme La Cité de la joieUn arc-en-ciel dans la nuit, et autres réjouissances littéraires. A chaque fois, c’est un régal. On ouvre le livre et on ne le lâche plus. Et pourtant, c’est long, parfois fastidieux, mais toujours passionnant.